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  • Photo du rédacteurAgent Couleur

Partie 1 : L'agent Carbone s'est fait sacrément cuisiner par l'agent Couleur, on vous dit tout !

L'agent Couleur, savamment déguisée, incognito, profitant d'un moment de détente (et donc d'inattention) de ce cher agent Carbone (aka "Léo") qui buvait quelques mousses entre deux missions au bistrot du coin, a rondement mené l'interrogatoire le plus important de sa carrière, afin de répondre à un grand nombre de questions qui vous brulaient les lèvres, concernant le mystérieux Réseau C14.... Mais enfin, qui sont ces agents secrets ? Et que font-ils vraiment ?


À propos du Réseau C14 : L'interview fleuve de l'Agent Carbone par l'agent Couleur (Partie 1/2)


Question : Bonjour Léonard, ou devrais-je dire, Agent Carbone. Peux-tu commencer par me décliner ta véritable identité et ta place dans le mystérieux Réseau C14 ?


Je suis l’Agent Carbone, coordinateur des forces spéciales du Réseau C14, spécialiste en visites théâtralisées pour enfants dans les musées. À la base je suis comédien, et c’est pour cette raison qu’on m’a recruté afin de faire des missions top secrètes pour le Réseau C14, puis j’ai gravi les nombreux échelons (un seul) jusqu’à prendre la place du Calife.



Mais...serait-ce le badge de l'agent Carbone ?



Question : Le Réseau C14 est donc une agence secrète... ?

Le Réseau C14 se présente comme une agence secrète parce que c’est ce que doivent penser les enfants pour entrer dans le jeu. D’ailleurs, on met tout en place pour faire exister cette fiction. On essaye de sensibiliser les parents, pour qui ce n’est pas forcément évident, afin qu’ils jouent aussi le jeu. Parce que la finalité, c’est de se prendre au jeu, d’être un joueur, et de jouer.




Question : Comment est né le Réseau C14 ?

Ça vient d’une femme incroyable qui s’appelle Judith Benichou ! C’est elle qui a inventé le principe des visites d’agents secrets au musée. C’est une grande joueuse et une amatrice d’art et d’histoire en plus d’être très forte avec les enfants. C’est elle qui a allié le jeu et le culturel. Quand j’ai repris la direction artistique du Réseau C14 en 2019, j’ai rendu ces visites plus théâtralisées, plus immersives. Je me les suis appropriées pour en faire ce qu’elles sont aujourd’hui, à savoir des visites dont les enfants sont les héros, où ils se glissent, le temps d’une « mission » dans la peau d’agents secrets en herbe qui doivent mener une enquête de la plus haute importance...




Question  : Donc lorsque tu parles de jeu, c’est à double sens puisque c’est à la fois le jeu comme activité ludique à laquelle les enfants s’adonnent, en même temps que le jeu théâtral, c’est ça ?


Oui parce que c’est en jouant que les enfants apprennent, c’est même dans les programmes scolaires de l’Éducation nationale depuis cette année. C’est de la pédagogie par le jeu, une envie d’aller vers un apprentissage, portée par l’envie de s’amuser. Mais pas uniquement puisque derrière il y a aussi le jeu de de se prendre pour un personnage. Chez C14, les enfants et nous-mêmes nous prenons pour des agents secrets à qui on a confié une mission importante, ce qui donne un enjeu très fort à chaque visite, des émotions et une force d’action qui nous mettent en mouvement. Du coup, derrière nous il y a l’envie de s’amuser ensemble qui nous porte, et devant on a l’objectif d’accomplir la mission, et tout ça fait qu’on s’engage pleinement dans ce qu’on fait. Et les enfants sont les meilleurs pour ça. Nous on est juste là, finalement, pour leur donner l'impulsion de départ. On les propulse à la place la plus intéressante qui soit, c’est-à-dire tout sauf assis à écouter quelqu’un parler pendant 1h. On leur donne un rôle avec de grandes responsabilités et on met en place de grands enjeux, ce qui les rend actifs et investis.

Mission C14 "Le souffleur de Rêve" au Musée de Cluny (Paris 5ème) pour les 4-6 ans Photo @Agent Contraste



Question  : Justement c’est quoi la mission du Réseau C14 ?


On essaye de rendre les enfants curieux, de leur transmettre cette merveilleuse chose qu’est la curiosité d’apprendre.


Mission C14 "Le secret des Compagnons" au Musée de l'Architecture (Paris 16ème) pour les 8-11 ans Photo @Agent Contraste



Question : Donc derrières les visites sous forme de jeux de piste du Réseau C14, il y a des objectifs d’apprentissage pour les enfants ?


Oui bien sûr, et pas qu’un peu ! L’idée de base c’est l’éducation à l’art et l’ouverture culturelle grâce à la mise en valeur du patrimoine parisien. C’est se servir des petites histoires pour raconter la grande. Les enfants repartent de nos missions avec énormément de connaissances sur le lieu qu’ils ont visité.


Mission C14 "Le vol des Joyaux de la couronne" au Musée du Louvre (Paris 1er) pour les 7-11 ans Photo @Agent Contraste


Question : Justement, c’est un temps de jeu, alors est-ce que les enfants sont conscients qu’ils apprennent des choses ?


Non je ne pense pas, mais en fait ça dépend aussi de leur âge. J’ai quand même eu un enfant qui m’a dit qu’il n’avait jamais eu de meilleur prof d’histoire que moi, et c’est un retour qu’on m’a fait plusieurs fois, de manière différente. Donc certains enfants ont conscience que nous sommes là pour leurs apprendre plein de trucs, mais pas la majorité. Et puis tant mieux parce que le but c’est de camoufler un peu cette idée d’apprentissage, pour que ça ne devienne surtout pas quelque chose de rasoir ou d’oppressant. Chez C14, on n’a pas les mêmes contraintes qu’à l’école, et on dit par exemple aux enfants que s’ils ne veulent pas faire la mission, ce n’est pas un problème. À partir du moment où on leur laisse le choix, leur motivation ne nait plus d’une obligation mais de leurs tripes, et ils sont ultra motivés. Mais c’est surtout parce qu’il y a un but à ce qu’ils font, un objectif atteignable (réussir la mission) qui va les impliquer et les responsabiliser. Du coup, on leur fait confiance et c’est vraiment ça qui les motive à s’investir pour réussir. Ça et le phénomène du groupe.


Question : Oui parce que la particularité des visites du Réseau C14, c’est qu’elles s’adressent à des groupes d’enfants déjà constitués. C’est important la dynamique du groupe ?

Oui, il n’y a pas de place pour l’individualisme, on ne peut réussir qu’ensemble et on a tous le même objectif. Je pense que c’est ça aussi la différence avec l’apprentissage à l’école par exemple. Il y a des objectifs d’apprentissage mais pas de pression de réussite individuelle. On donne la priorité à l’accomplissement d’une série de tâches communes à accomplir afin de réussir au mieux la mission, ce qui crée de facto une équipe solide et unie. Et d’avoir un but commun, ça donne beaucoup de force à ce qu’ils vivent et ça permet de créer énormément de liens entre eux. Parfois j’ai des parents qui me prévienne que certains enfants du groupe ne s’entendent pas du tout, et en fait pendant 1h30, ils sont au service de quelque chose de tellement important qu’ils en oublient leurs différends.


Mission C14 "Le Trésor des Templiers" dans l'Ile de la Cité (Paris 4ème) pour les 7-11 ans

Photo @Agent Contraste


Question : Du coup, l’individu s’efface totalement au profit du groupe ?


Je n’irais pas jusque-là, justement, car quelques fois les individus prennent le dessus sur le groupe. C’est dans ces situations que les objectifs pédagogiques évoluent, parce que notre forme d’écriture théâtrale est très adaptable. Parfois, je dois par exemple, mettre un peu de culturel de côté pour que, le temps d’une mission, des liens affectifs distendus se resserrent, grâce à l’entraide et l’amusement ! Et puis même lorsque tout se déroule de manière fluide, il est important de valoriser l’ego des enfants, en félicitant toutes leurs trouvailles et leurs idées, en stimulant leur participation individuelle. Ça passe par plein de petits gestes très subtils d’encouragements à s’exprimer librement, d’apaisement face au doute de la pertinence de ce qu’ils vont dire, ou en allant choper l'enfant le plus timide afin de lui montrer qu’il a aussi le droit de briller.


Question : Chaque visite est donc différente ?


Oui ! Parce qu’on est à la croisée des chemins de trois formes très distinctes et pourtant très complémentaires : la visite guidée, le théâtre immersif et le jeu de piste. Notre marge de manœuvre est très grande grâce à cette multiplicité d’angles de perception de ce qu’on fait, et les groupes étant composés d’enfants aux envies ultra différentes, on s’adapte en permanence. C’est jouissif ! On ne sait jamais comment une mission va se dérouler... Lorsque « tout se passe comme prévu », ce qui n’arrive jamais, on est pile au centre de ces trois piliers de notre activité. Mais si je me trouve face à 10 intellos en quête de savoir, je vais me rapprocher de la visite guidée. Si j’ai 10 enfants surexcités à l’idée de fêter l’anniversaire, on va plutôt s’orienter vers le jeu de piste. Et si les enfants arrivent avec des loupes, des carnets de note et des fausse moustaches, vous imaginez bien que je vais en profiter pour plonger à fond dans l’immersif !


Question : J’ai pu voir que le Réseau C14 avait tout un historique et un blason avec une devise, « Observer sans être vu, réfléchir sans briller, agir sans altérer » est-ce que tu peux nous en parler ?


Oui, on commence par une mise en action : « observer sans être vu » ou observer en restant discrets. On est des agents secrets donc on doit rester incognito, comme la chouette dans l’ombre de la nuit. Ensuite on va réfléchir à ce qu’on a observé afin de comprendre comment agir... mais « Réfléchir sans briller » c’est aussi une référence à la lune, parce que c’est ce qu’elle fait, elle réfléchit la lumière du soleil mais elle ne brille pas directement. Et pour nous, c’est pareil, on ne cherche pas à mettre les enfants en compétition, à briller, mais plutôt à prendre du recul pour faire réussir le groupe. Et puis on ne recevra jamais de fleurs pour ce qu’on a fait, on le fait par conviction, sans attendre d’être récompensé...! Enfin « agir sans altérer » c’est parce qu’on fait des choses mais notre but est très simple : c’est la simple conservation du patrimoine. Notre but n’est pas de changer les choses, mais de les empêcher de se détériorer, et c’est déjà pas évident !


Blason du Réseau C14 dont la devise est "Observer sans être vu, réfléchir sans briller, agir sans altérer"



Question : Oui parce que l’objectif de C14 c’est de transmettre une culture artistique aux enfants ?


Oui, l’art et l’histoire de l’art sont au centre de toute notre démarche. Pour comprendre qui on est, il est important de comprendre d’où l’on vient. Le but est donc de transmettre une culture artistique, une connaissance du patrimoine, un pan de notre histoire. Ce sont des ciments fondateurs de notre société qui valent le coup d’être appréciés et compris. Une fois que c’est fait, on peut prendre son envol et créer la suite de l’histoire ! L’art, quant à lui, est le moyen le plus pertinent de bousculer, de déranger, provoquer, et parfois même choquer. Ça ouvre des perspectives essentielles à l’évolution d’une société. Donc on observe le passé, on l’analyse, et on essaye de donner des clés pour changer les choses. Encore une fois, on est là pour réfléchir avec justesse, mettre en mouvement avec discrétion, et parfois désobéir lorsque c’est nécessaire.


Mission C14 "Opéra...tion Fantôme" à l'Opéra Garnier (Paris 2ème) pour les 6-10 ans

Photo @Agent Contraste



La suite de l'interview le mois prochain...

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